mrozek

L’écrivain et dessinateur Sławomir Mrożek s’est éteint le 15 août 2013 à Nice, à l’âge de 83 ans… Pour le public français, il est indissociable du parcours de son ami Laurent Terzieff, comédien et metteur en scène qui aura le mieux compris la douloureuse ironie du dramaturge polonais. Mais de nombreux autres hommes et femmes de théâtre l’ont défendu en France, Antoine Bourseiller, Roger Blin, Georges Werler notamment. Il a été traduit et joué dans le monde entier. Récemment, il avait fait paraître un bel et étrange ouvrage intitulé « Mon cahier de français ». Avec le mot « français » biffé pour « dessin ». (Editions Noir sur Blanc). Un livre mêlant dessins et textes, comme un salut à une culture qu’il avait aimée et qui l’avait aidé à panser les blessures de l’exil. C’est en composant ce petit cahier de dessins et de mots français qu’il avait, dans sa jeunesse, appris notre langue.

Né le 29 juin 1930 à Borzecin, près de Cracovie, il avait, dès l’âge de vingt ans, commencé par publier des dessins satiriques dans quelques journaux d’opposition. Il avait entrepris une série d’études jamais menées à bien, et ce, dans différentes disciplines, Beaux Arts, Littérature, Langues Orientales. Il n’était en rien un dilettante frivole. Mais à cette époque, dans ce pays, c’était le seul moyen d‘échapper à l’armée et à l’idéologie soviétique.

Le jeune Mrożek écrit des nouvelles. Fables absurdes et caustiques qui traduisent déjà tout son style, féroce et blagueur. Il fut un temps, en Pologne où l’on disait : « C’est du Mrozek », comme nous disons : « C’est du Kafka ». … Très vite, il comprit ce que le théâtre pouvait lui permettre. Le théâtre comme espace de résistance dans toute l’Europe de l’Est, le théâtre comme l’une des voies les plus susceptibles d’exercer son esprit critique, son désir de liberté, son courage face aux pesanteurs politiques de son pays.

Policja (La Police) parle avec courage de  la police secrète : dans la pièce, les services secrets inventent une opposition…constituée de policiers ! Elle est créée en 59 à Varsovie mais très vite interdite. Mais dès l’année suivante, Antoine Bourseiller la crée au Théâtre du Tertre à Paris.

Dans son pays, et c’est caractéristique de l’époque, il est à la fois très connu et harcelé par les autorités. Un de ses premiers recueils, publié en 58, Slon (L’Eléphant) est lu dans les écoles. Cet ouvrage recevra en France le prix de l’Humour noir. En Allemagne, il est également traduit et très apprécié. Mais l’auteur subit trop de tracasseries et rêve de s’exprimer plus librement. En 1963, il choisit l’exil. Il s’installe en Italie avant de rejoindre la France.

Au Théâtre de Poche, en 1966, Antoine Bourseiller, …met en scène des petites pièces en un acte : Strip-Tease, Karol (Bertrand), En pleine mer. Les comédiens ? Yves Robert, Pierre Richard notamment.

En 1964, il écrit  Tango, l’une de ses plus étonnantes pièces. On y découvre un adolescent, lassé du comportement de ses parents, pourtant « progressistes », imposer un retour violent de la famille aux bonnes vieilles valeurs d’ordre et de mensonge…C’est ravageur. La pièce, sans doute sa plus célèbre avec Les Émigrés et Le Pic du Bossu, sera également montée en Pologne et connaîtra un grand retentissement. C’est aussi  la mise en scène et l’interprétation de Tango par Laurent Terzieff, en 1967,au Théâtre de Lutèce, qui  apporte à Sławomir Mrożek une plus grande notoriété encore en France – Terzieff montera également Le Pic du Bossu en 1979, L’Ambassade en 1983, A pied en 1987- Autre événement : la création en 1974 au théâtre d’Orsay – chez les Renaud-Barrault – des Emigrés, par Roger Blin, qui en signe la mise en scène en dirigeant Laurent Terzieff et Gérard Darrieu.   Inoubliable, universel et pour jamais d’actualité.

Six années auparavant, Mrożek s’était installé à Paris. Cette année là, en août 68, alors que les chars soviétiques envahissent Prague pour éteindre « le Printemps », il écrit et clame haut et fort son opposition. Il est alors déchu de sa nationalité, ses œuvres sont interdites en Pologne. Réfugié politique en France, il deviendra français en 73. Il maîtrise si bien la langue, que c’est en français qu’il compose L’Amour en Crimée, à propos de l’histoire de la Russie. C’est Jorge Lavelli qui crée la pièce en 1994 à la Colline.

L’écrivain aurait pu tenter de retrouver sa patrie après 89. Mais il est désenchanté et traverse l’Atlantique pour vivre quelques années au Mexique. Il continue d’écrire (L’Amour en Crimée, justement). En 97, il rentre en Pologne. Il s’installe à Cracovie. Ecrit, donne des dessins aux journaux. Il est plus que jamais reconnu. La maladie, dont il sait l’issue inéluctable, le conduit sur les rives de la Méditerranée. …Ses œuvres complètes (26 pièces en 4 volumes, 5 volumes de nouvelles et ses dessins) sont publiées par les Editions Noir sur Blanc.

D’après l’article Slawomir Mrozek, une seule arme l’ironie p

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